1-Assise-2

« Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait : « Heureux... » (Mt 5, 1-12)

Jésus pose son regard sur ces hommes et ces femmes qui l’ont suivi. Regard de bienveillance et d’empathie ! Et c'est d'eux qu’il parle à ses disciples, comme s'il disait : « Regardez-les, ces hommes et ces femmes tout ordinaires,  ils ne se font pas remarquer : c'est la foule des hommes. Ce ne sont pas des êtres exceptionnels : ils sont "Monsieur et Madame Tout-le-Monde". Mais regardez-les bien : ils sont les pauvres de cœur, les doux, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés pour la justice... Ces hommes et ces femmes comme vous et moi, dans leur simplicité, le Royaume des Cieux est à eux. »

Jésus regarde la foule des gens ordinaires et il discerne dans leur simplicité et leur sincérité la « matière » qui construit le Royaume.

LA SAINTETE RESERVEE A UNE ELITE ?

Qui nous a fait croire qu’il faudrait être exceptionnel et parfait pour devenir un saint ? Non, les saints ne sont pas des héros ! Nous sommes saints parce qu’un regard d’amour inconditionnel est posé sur nous… Ce regard que Jésus posait sur le jeune homme riche, sur Zachée le collaborateur et le voleur, sur la femme adultère, sur le brigand crucifié à côté de lui... Un regard qui n’identifie pas la personne à ses actes, qui sait voir la dignité d’un être derrière ses erreurs ou ses fautes. Il suffit si souvent d'un simple regard d'amour pour changer toute une vie !

La sainteté est pour le grand public, et le destin de tout homme est d’être heureux. Tes limites, tes erreurs, tes péchés ne t’empêchent pas d’être un saint à partir du moment où tu te retournes vers l’amour posé sur toi sans condition !

LE BONHEUR RESERVE A L’ETERNITE ?

Qui nous a fait croire que la seule possibilité de d’être heureux dans l’éternité était de marcher sur cette terre courbés sous le poids des épreuves et des souffrances, sans hésiter à y ajouter toutes les pénitences possibles ? C'est au présent que Jésus parle quand il voit ses disciples « heureux » ! C'est au présent qu'il déclare grande la récompense dans les cieux !

Cela ne supprime ni les épreuves, ni les exigences de la vie ! Il faut bien des décapages pour restaurer l'original et révéler la beauté. Les vrais décapages sont déjà la beauté en travail d’enfantement, le bonheur en chemin...

Heureux, en latin : « beati », qui a donné « béatifié », pour dire la sainteté. Sainteté et bonheur sont indissociables !

EST-CE PRESOMPTUEUX DE SE DIRE SAINT ?

Oui c’est présomptueux si vous êtes comme le pharisien qui multiplie ostensiblement les pratiques religieuses et se présente devant l’autel fier de lui et de tout ce qu’il a fait ! Il se croit le meilleur. Il imagine qu’il peut gagner son salut à la force du poignet et par ses propres mérites : ce faisant, il ne croit qu’en lui, et il a éliminé Dieu !

Mais non ce n’est pas présomptueux si vous êtes comme le publicain qui se reconnaît petit et fragile… (Luc 18, 10-14) Dans un regard d'amour posé lui là même où lui se culpabilisait, ce publicain découvre émerveillé que sa misère et son péché n’ont pas envahi tout son être  et que sa dignité d’homme reste intacte : « Quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre » (Luc 10/14)

LA SAINTETE NE SE GAGNE PAS, ELLE S’ACCUEILLE !

Le salut et la sainteté ne se gagnent pas en multipliant les formules de prière, les privations et les pénitences, et des pratiques rituelles magiques qui viendraient amadouer un Dieu pervers prenant plaisir à tester et à punir !

Le salut et la sainteté s’accueillent dans la gratitude et l’émerveillement d’un don gratuit, donné d’avance, inconditionnellement… Cet accueil a le pouvoir de nous transformer : il suscite en nous des paroles, des actes, des postures d’amour et de bienveillance qui enracinent et « incarnent » dans la vie de tous les jours cet amour offert et posé sur nous sans condition : « j’avais faim, j’avais soif… vous m’avez donné à manger à boire… J’étais nu, étranger, malade… vous m’avez vêtu, accueilli, vous êtes venus me voir… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez faits ! » (Mt 25,31-46)

TOUS-SAINTS

 Nous sommes tous saints ! Tous-Saints ! Toussaint !
« Saints », c’est le nom que se donnaient les premières générations de chrétiens !

 Plutôt que de nous soumettre à la peur païenne de rater nos vies ou d’être condamnés, nous pouvons choisir la gratitude et l’émerveillement d’être aimés et sauvés à travers nos fragilités et nos espoirs !
Chemin de libération, de bonheur, de sainteté !

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